Ce que le laser fait à l’encre, et ce qu’il ne fait pas
Commençons par l’image qu’il faut abandonner : le laser n’efface pas un dessin comme une gomme effacerait un trait de crayon. Sous votre peau tatouée se trouvent des particules solides de pigment, déposées dans le derme. Le faisceau provoque leur fragmentation. Les fragments, devenus assez petits, sont ensuite transportés loin de la peau par votre organisme lui-même. C’est la description qu’en donne le Haut Conseil de la santé publique dans son avis de décembre 2020.
Deux conséquences en découlent, et elles expliquent presque tout ce qui suit. La première : le résultat n’apparaît pas à la fin de votre séance, il se construit dans les semaines suivantes, pendant que votre corps travaille. La seconde : ce qui compte n’est pas la puissance brute de l’appareil, mais sa capacité à casser un pigment donné, à la profondeur où il se trouve, sans abîmer ce qu’il y a autour. C’est une affaire de longueur d’onde, pas de force.
Pourquoi il n’existe pas un laser, mais une famille de lasers
Le choix de l’appareil dépend de deux éléments, et de deux seulement selon la source : la couleur du pigment et le type de peau. C’est pour cette raison que nous regardons votre tatouage avant de parler de matériel, et jamais l’inverse.
Le Haut Conseil publie la liste des lasers qu’il juge évalués et adaptés au détatouage. La voici, dans ses termes :
- le laser nanoseconde Nd:YAG, à 1064 nm et 532 nm, surtout pour les encres noires et rouges
- le laser nanoseconde Alexandrite, à 755 nm, surtout pour les encres vertes
- le laser nanoseconde Rubis, à 694 nm, pour les encres vertes et pâles, très peu diffusé en France aujourd’hui
- le laser picoseconde Nd:YAG, à 1064 nm et 532 nm, parfois doté d’une troisième longueur d’onde à 670 ou 785 nm
- le laser picoseconde Alexandrite, à 755 nm, parfois associé à 1064 et 532 nm
Le tableau de l’annexe, et les trois pièges qu’il tend
L’avis ajoute, à la suite de cette liste, une phrase que peu de pages commerciales reprennent : « l’utilisation d’autres types de lasers n’est pas recommandée ». Si un appareil vous est présenté sans que vous puissiez le rattacher à cette énumération, la question mérite d’être posée.
L’avis ne s’arrête d’ailleurs pas au corps de son texte. Son annexe contient un tableau qui associe les lasers déclenchés aux pigments qu’ils visent : Nd:YAG 1064 nm pour le noir et le bleu, Nd:YAG 532 nm pour le rouge, Alexandrite 765 nm pour le noir, le bleu et le vert, Rubis 694 nm pour le noir, le bleu et le vert.
Ce tableau se lit avec précaution, pour trois raisons. D’abord, il ne couvre que les lasers dits déclenchés : les appareils picosecondes sont traités dans un paragraphe distinct et n’y figurent pas, donc aucune couleur ne peut leur être attribuée depuis lui. Ensuite, le corps de l’avis et son annexe ne donnent pas exactement la même longueur d’onde pour l’Alexandrite, 755 nm d’un côté, 765 nm de l’autre : citer l’un en croyant citer l’autre produit une association inventée. Enfin, et c’est le point qui vous concerne le plus, une marque dans ce tableau signale une application, jamais une performance comparée.
Autrement dit, aucun classement des couleurs ne se déduit de ce document. Les pages qui hiérarchisent les encres par vitesse de disparition ajoutent quelque chose que la source ne contient pas. Cette page ne le fera pas.